NOS ENFANTS, NOS CHOIX : L’ACHAT DU PREMIER SMARTPHONE, UNE AUTONOMIE NUMÉRIQUE À PRÉPARER
- Célia DE BLOCK
- 7 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 janv.

Dans nos écoles, dans nos rues, dans nos foyers, les smartphones sont devenus omniprésents. Et avec eux, les réseaux sociaux s’invitent dans la vie de nos enfants dès le plus jeune âge. Si ces outils numériques peuvent offrir des opportunités d’apprentissage et de socialisation, ils soulèvent aussi des questions fondamentales sur le développement, le bien-être et la sécurité de nos jeunes.
Les effets d’une hyperconnexion précoce
Les études scientifiques sont de plus en plus nombreuses à documenter les impacts de l’usage excessif des écrans et des réseaux sociaux sur les enfants et les adolescents. Une enquête récente de l’OMS[1] révèle une augmentation significative de l’utilisation des médias sociaux chez les adolescents européens, avec des effets préoccupants sur leur santé mentale.
Le psychologue américain Jonathan Haidt également, dans son ouvrage Génération anxieuse[2], met en lumière un lien direct entre l’explosion des troubles anxieux chez les jeunes et l’arrivée massive des smartphones et des réseaux sociaux dans leur quotidien. Il souligne que les plateformes numériques, conçues pour capter l’attention et susciter des comparaisons sociales constantes, ont profondément modifié le développement émotionnel des adolescents, en particulier des filles.
Les risques identifiés incluent :
Une baisse de l’estime de soi liée à la comparaison constante avec des images idéalisées
Des troubles de la concentration et du sommeil
Une exposition à des contenus inadaptés ou violents
Des phénomènes de harcèlement en ligne, souvent invisibles aux yeux des adultes
Une construction identitaire fragilisée par la pression sociale numérique
Une augmentation des symptômes anxieux
Prises de conscience
En Belgique, une mesure importante a été adoptée pour répondre aux préoccupations liées à l’usage excessif des téléphones chez les jeunes. Depuis la rentrée scolaire 2025-2026, l’usage récréatif des téléphones est interdit dans l’ensemble des établissements scolaires de l’enseignement obligatoire en Wallonie et à Bruxelles. Cette interdiction s’applique non seulement pendant les cours, mais aussi durant les récréations, les temps de midi et tout moment passé dans l’enceinte de l’école. Elle vise à favoriser la concentration et encourager les interactions sociales réelles entre élèves.
L’Australie s’est récemment positionnée de façon plus forte encore, en interdisant les réseaux sociaux pour les moins de 16 ans et plusieurs pays européens sont actuellement en réflexion pour vérifier l’âge et restreindre l’accès aux réseaux sociaux, témoignant par là d’une vraie prise de conscience de leur impact sur la santé mentale et le développement des jeunes.
En attendant, les parents eux aussi se mobilisent, en rejoignant des collectifs qui s’engagent à retarder l’achat du premier smartphone. Leur objectif ? Protéger les enfants tout en réduisant la pression sociale qui pousse à l’achat précoce d’un smartphone pour les enfants. En agissant ensemble, ces familles créent un environnement plus serein, où l’enfant n’est pas seul à « ne pas avoir de téléphone ». Plus d’informations au sujet d’une de ces initiatives, déjà bien présente en Flandre et à Bruxelles, sont à retrouver sur www.kidsunplugged.be.

Accompagner plutôt que laisser faire : un rôle essentiel pour les parents
Cela peut commencer par des discussions ouvertes en famille sur les usages numériques, des règles claires sur les temps d’écran, ou encore l’installation d’applications de contrôle parental, pas pour « contrôler » mais pour protéger les jeunes de contenus inappropriés à leur âge.
L’entrée dans le numérique peut se faire progressivement, avec des étapes adaptées à la maturité de chaque enfant. Comme le souligne le psychologue Jonathan Haidt, offrir un smartphone à un enfant ou un préadolescent revient à lui donner une autonomie soudaine, sans préparation. C’est comme le laisser seul dans une ville inconnue, sans repères ni accompagnement. En ligne, il peut accéder à des contenus, interagir avec des inconnus, être exposé à des pressions sociales ou commerciales — autant de situations qu’on ne lui permettrait jamais dans la vie réelle. C’est pourquoi il est essentiel de l’accompagner petit à petit, en favorisant d’abord des prises d’autonomie concrètes dans le monde réel (apprendre à gérer un petit trajet seul, un petit budget, à être responsable d’une tâche précise), avant de le laisser explorer celui du numérique. L’idée n’est pas de résister à tout prix, mais d’accompagner, de soutenir, et d’ouvrir le dialogue.
Et n’oublions pas non plus que des alternatives au smartphone existent, comme les téléphones sans accès à internet qui permettent aux plus jeunes d’expérimenter une certaine autonomie, tout en sécurisant leurs parents.
En tant que parents, nous avons aussi un rôle d’exemple. Repenser notre propre rapport au smartphone, montrer que l’on peut être disponible sans être connecté en permanence, c’est déjà offrir un modèle rassurant. Et si on se demandait : que pourrait-on proposer à nos enfants à la place d’un moment devant un écran ? Une activité créative, une sortie en famille, un jeu de société, un temps calme, ou simplement l’occasion de s’ennuyer un peu pour permettre à la créativité de s’exprimer.
Il ne s’agit pas de tout interdire, mais d’accompagner nos enfants vers une autonomie progressive dans monde numérique qui évolue vite.
Ce sujet nous concerne tous. En tant que parents, nous avons le pouvoir d’agir, de choisir, de dire non parfois, de dire oui autrement.
[1] Organisation mondiale de la santé (OMS) Teens, screens and mental health: new WHO/Europe report sounds the alarm https://www.who.int/europe/news/item/25-09-2024-teens--screens-and-mental-health
[2] Jonathan Haidt – Génération anxieuse The Anxious Generation: How the Great Rewiring of Childhood Is Causing an Epidemic of Mental Illness (2024) Présente des données sur le lien entre autonomie réelle et exposition numérique, et propose des pistes concrètes pour retarder l’entrée dans le monde connecté. https://www.theanxiousgeneration.com




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